Essino-Friazévo - Je vais vous le dire: c'est à partir de là que tout a commencé. Le tourd-boyaux a remplacé la Veuve Clicquot! Les roturiers sont arrivés! La débauche et la Khovanchtchina!... Tous ces Ouspenski, ces Pomialovski, ils ne pouvaient pas écrire une ligne sans boire. J'en sais quelque chose, moi qui lis des livres. Ils buvaient comme des forcenés! Tous les gens honnêtes, en Russie, buvaient. Et pourquoi buvaient-ils? Ils buvaient de désespoir. Ils buvaient parce qu'ils étaient honnêtes. Parce qu'ils ne étaient pas en mesure d'améliorer la condition du peuple. Le peuple crevait de misère et d'ignorance, voyez ce qu'écrivait Dimitri Pissarev: "La viande est trop chère pour le peuple, la vodka est meilleur marchè, alors le moujik boit, il boit parce qu'il est misérable! Le livre est inaccessible au peuple, au marché le moujik ne trouve ni Gogol ni Bielinski, mais seulement de la vodka, à boire sur place ou à emporter: alors il boit, il boit parce qu'il est inculte!"
Comment, devant cela, ne pas sombrer dans le désespoir! Comment ne pas écrire des livres sour les moujiks, ne pas essayer de les sauver! Comment, de dèsespoir, ne pas se mettre à boire! C'est ainsi que le social-démocrate écrit et boit, boit autant qu'il écrit. Le moujik, lui, ne lit pas mais boit, il boit sans lire. C'est alors qu'Ouspenski se lève: il va se pendre. Pomialovski roule sous la table de la taverne: il crève. Garchine se lève aussi: bourré, il se jette du haut de l'escalier...